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TROUVER LA SOURCE

Propos recueillis auprès d'un moine bénédictin, le Père Anselm Grün.

Père Grün, face à un monde qui nous attire à la surface des choses et de nous-mêmes, comment découvrir la voie de l'intériorité ? L'important est de bien voir à quelle source on s'abreuve.  Celui qui n'en peut plus et qui se sent vide, insatisfait, a sans doute puisé à une source d'eau trouble, alimentée par le perfectionnisme, l'ambition, le désir de plaire. Il est fatigué de la pression qu'il s'impose à lui-même pour être considéré, aimé par tout le monde.

A l'opposé, il nous faut remonter à la Source limpide, pour retrouver la juste mesure des choses. Ma vie familiale peut ainsi m'aider à trouver cette mesure dans mon travail, sans me laisser complètement absorber. Vous savez, la vie est un long chemin pour trouver son équilibre, sa liberté et son tempo personnels.

Or la prière peut nous y aider, car c'est le lieu où je réfléchis ma vie, où je peux discerner si j'agis bien ou pas. Oui, la prière est le chemin vers la "chambre intérieure" à laquelle l'extérieur n'a pas accès. C'est un moyen d'acquérir une distance, un détachement, de s'affranchir des idées, des influences et de sentir où est en soi la Source claire : Celle qui donne des forces, purifie les émotions et génère des fruits. Pour celui qui a foi en lui, Jésus peut être cette Source, lui, la seule vérité qui nous rend libres. Il ne nous a pas envoyés ici pour être tranquilles et cultiver le bien-être, mais pour mettre ce monde debout et être féconds. Cela implique de tenir les deux rênes : la vie intérieure, c'est-à-dire aussi la prière silencieuse ; et la mission, l'action altruiste, bien différentes d'une forme d'égoïsme, d'affirmation de soi-même. De ce point de vue, chacun devra trouver le ou les lieux où vivre et nourrir ce double engagement. Certains découvriront ainsi la Source intime à travers la danse, la musique ou la nature, en allant marcher par exemple.

 

D'autres, dans des espaces d'écoute et de dialogue, dans les célébrations le dimanche à l'église… Des lieux, en tout cas, où l'on ne se sent pas jugé, mesuré par le regard extérieur et la pression sociale.

Mais au quotidien, comment entrer en prière malgré l'agitation ambiante ?

Il faut se trouver un endroit et un temps calmes, où se poser en silence. Pas devant l'ordinateur, mais devant une bougie, une icône… De quoi se concentrer, se mettre en présence de la Source de l'Esprit Saint qui est en soi, dans l'espace intime du silence habité par Dieu.

Pour y revenir chaque matin et laisser le champ libre à l'Esprit, je peux par exemple réciter un psaume, car la Parole ravive la confiance endormie. La Bible regorge ainsi de paroles qui peuvent m'enraciner dans la confiance jour après jour. 

Se promener dans la nature, s'asseoir en posant la main sur son cœur, écouter sa respiration, mettre les mains devant soi en forme de coupe présentée à Dieu…

 
Autant de méthodes toute simples qui permettent de reprendre contact avec soi-même par le corps. En un mot, il est bon  d'instaurer des moments sacrés pour soi, pour sa famille, ses amis.

Des petits rituels sains et saints, d'autant plus précieux qu'on n'a pas vraiment le temps de méditer. Des rituels tout simples, de bonne santé, qui "spiritualisent" notre temps…

Que voulez-vous dire ?

En prenant mon petit déjeuner, en entrant dans la salle de bain, je peux ainsi appeler la bénédiction de Dieu là où je me trouve, sur ma journée, sur mes proches. Ensuite, je suis comme "environné" par cette bénédiction tout au long du jour.

Cela ne prend pas beaucoup de temps, c'est plutôt une disposition d'esprit et de cœur. Deux minutes de temps religieux peuvent en effet suffire pour ouvrir l'espace de l'intériorité.

Chacun doit trouver pour lui-même ce genre de rituel spirituel, différent d'un individu à un autre. Il s'agit d'ouvrir le ciel sur ma vie, de croire que Dieu est là, que je suis devant Lui pour cette journée et que je la Lui offre. Il en est de même le soir où, beaucoup, se retrouvent sans aucune énergie.

Un rituel s'impose alors pour fermer la porte du bureau et ouvrir celle de la maison.

De quoi se détacher des joies et des difficultés de la journée en les présentant mentalement à Dieu, par exemple lorsqu'on est en route vers chez soi ou dans un bon bain avant le coucher.

En effet, si on ne se dessaisit pas des préoccupations du jour, on risque "d'embouteiller" sa soirée : de la "boucher" par accumulation : de nourriture, de télévision, de brouhaha ambiant…, comme on bouche un évier faute de soin et d'attention.

A l'inverse, le sacré est ce qui est retiré du monde ; c'est un temps qui nous appartient en propre comme il appartient à Dieu.

En mon cœur, se trouve cet espace où nul souci, nulle inquiétude ne peut pénétrer. Celui de ma liberté intérieure devant Dieu.