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Au cœur du désert

Le vieux bédouin était las et fatigué. Accroupi près du feu du campement, son regard se perdait dans les braises rouges et cendres. Il avait préparé du thé, la vieille théière cabossée au fond noircie par les flammes semblait elle aussi attendre…Bien qu'il ne fut tard, la nuit commençait à tomber, la lueur rouge du soleil donnait aux montagnes rocheuses du désert une couleur de feu. 

Le vieil homme était calme. La veille il avait fait un songe étrange l'invitant à réunir ses trois fils. Il avait toujours fait confiance à son intuition, et ce soir là,  il le sentait, il se savait au crépuscule de sa vie et il voulait voir ses enfants autour de lui.

Son histoire avait été une histoire simple mais riche intérieurement.

Il revit le film de sa vie. Il avait toujours vécu dans ce désert rocheux du centre Sinaï. Il aimait cette aridité du paysage, la désolation lui avait toujours paru le signe d'une grande richesse. Il aimait par-dessus tout cette lumière de la pierre que seuls les cœurs purs pouvaient voir.

Sa vie de chamelier nomade avait renforcé son tempérament de solitaire, il sourit en pensant qu'il était sans doute plus à l'aise avec les chameaux qu'avec les hommes ! Depuis l'âge de quinze ans il vivait au rythme des caravanes, il avait pris des chameaux la lenteur et la majesté qui se traduisaient chez lui par une allure à la fois solennelle et grave que la lumière rieuse de ses yeux venait démentir. 

Il avait aimé une femme, sa femme, qui était morte en mettant au monde leur troisième fils. Il ne l'avait jamais oubliée, souvent il se surprenait à lui parler et le soir lorsqu'il s'endormait en regardant le ciel étoilé, il se sentait heureux car il savait qu'elle viendrait peupler ses rêves de rires et de caresses.

Il était fier de ses trois fils. 

Farak l'aîné était maintenant un bel homme qui dégageait une force tranquille. Son corps était puissant mais son visage témoignait d'une grande douceur. Farak aimait la vie, malgré une enfance dans le désert, il était devenu un homme de contact. Grâce à son caractère enjoué et entreprenant il avait monté une petite affaire de tourisme qui marchait bien. Il faisait découvrir aux touristes la beauté de son Sinaï. Aidé de guides et de chameliers, il organisait des randonnées bivouacs au cours desquels les gens, par petits groupes, découvraient et appréciaient les paysages étranges et envoûtants des déserts de pierres, des impressionnants canyons, des charmantes oasis, des campements bédouins… la vie du désert.

Farak, comme son pays, était attachant.

Salim travaillait avec Farak comme chamelier. Tout semblait séparer les deux frères, Salim était mince et élancé et bien que discret et laconique, il émanait de ce jeune homme une belle lumière et une forte présence qui incitait au respect. Salim était beau et humble. Bien que distant avec son père, il lui ressemblait beaucoup.

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